Fin janvier 2008. A la sortie d’une boîte de nuit, Frédéric Beigbeder et l’un de ses amis
sniffent de la cocaïne sur le capot d’une voiture de luxe. Bientôt, une
patrouille de police les alpague
― Vous êtes dingues de faire ça sur la voie publique,
planquez-vous aux chiottes comme tout le monde! C’est de la provocation, là!
― Nous ne sommes pas tout le monde, mon commandant.
Nous sommes des écrivains. Okay?
Direction la cellule de dégrisement du commissariat de
quartier, toutes sirènes hurlantes. Circulez, il n’y a plus rien à voir…
Peuchère ! Croire s’en tirer en brandissant sous le nez de la force publique le sacerdoce d’hommes de plume ! « Ecrivain », le mot de trop ! Un mot sésame qui ouvre toutes les geôles… L’écrivain est par nature un hors-la-loi, pas la peine d’en rajouter.
Sans doute faudra-t-il attendre encore quelques années pour lire dans un prochain tome des archives secrètes de la police la confrontation de l’auteur d’un Roman français et du procureur Jean-Claude Marin. Le présent volume (Dans les archives secrètes de la police, L'Iconoclaste), tout aussi généreux que passionnant, rappelle quelques précédents dont Beigbeder n’aurait pas à rougir, tant ils l’inscrivent dans la lignée des grands romanciers de notre temps. Ainsi apprend-on qu’Emile Zola fréquentait un bordel de la rue Bréda à Paris, non pour se vautrer dans la luxure avec ses pensionnaires « mais pour recueillir, sans doute en vue d’un ouvrage, leurs impressions et souvenirs ». Un professionnalisme exemplaire pour l’auteur de Nana, à l’instar de celui de ce policier, envoyé par la Brigade mondaine pour enquêter dans un salon de massage très particulier. Obligé de se prêter à toutes les fantaisies buccales d'une masseuse fardée outrageusement, ce dernier finit par avoir le cœur net de ses soupçons. On retrouve également le nom de Marcel Proust, « rentier », dans la liste des hommes interpellés au cours d’une descente de police à l’hôtel Marigny, rue de l’Arcade, le 11 janvier 1918. « Un lieu de rendez-vous de pédérastes majeurs et mineurs », tel que le désigne le commissaire de police Jean Tanguy. Dix ans plus tard, ce sont aux surréalistes de s'illustrer. Un rapport établi à la suite d’une rixe entre le groupe surréaliste et Antonin Artaud, à la date du 10 juin 1928, signale que des incidents ont émaillé la troisième et dernière représentation de la pièce Songe ou Jeu de Rêves du dramaturge suédois Stringber, au Théâtre de l’Avenue. Artaud, un des organisateurs de la manifestation, a interdit l’accès de la salle de spectacle à ceux qu’ils considèrent comme des perturbateurs. Parmi eux, Louis Aragon, Jacques Prévert, Robert Desnos, expédiés manu militari au commissariat du quartier du Roule pour refus de circuler. En bas du document tapuscrit, une mention de taille « Cette affaire n’aura aucune autre suite ». A méditer…
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Rédigé par : COFHOORMOPEPE | 25/12/2011 à 09:15