BOOK-BLUES : Mal-être passager, bien connu des écrivains, surtout s’il
s’agit de leur premier livre. Le book-blues survient en général trois jours
après la fin de l’écriture de l’ouvrage et s’assortit de mélancolie et de
sautes d’humeur. L’entourage du littérateur a du mal à comprendre la sensation
de vide qu’il éprouve, alors que toutes les conditions semblent réunies pour
qu’il soit comblé. Le livre est fini, l’éditeur ravi, les premiers lecteurs
enchantés. Notre plumitif, lui, est dans le creux de la vague. Il n’a plus de
goût à rien, alors qu’il jurait hier encore de gravir l’Everest dès le point final mis à son
œuvre. Il tourne en rond, se lamente devant son bureau inhabituellement rangé,
abuse des grasses matinées et de la sieste, s’il parvient à dormir. Sinon, ce
sont des insomnies peuplées de cauchemars ― coupures sauvages au moment de la
relecture des épreuves, incendie des entrepôts du distributeur, critiques
assassines ― qu’il combat à grandes rasades de documentaires animaliers. Baisse
de l’adrénaline, anxiété pour l’avenir de sa création, angoisse de ne pas être
à la hauteur de la curée promotionnelle, autant de causes à l’origine de son état, mieux vécu
s’il est équilibré (ne riez pas, c’est possible) que s’il est naturellement
dépressif. Il risque alors de traverser des moments difficiles : les
plateaux-télé devant les émissions de Laurent Ruquier, les dîners entre amis où
il n’est question que d’Obama ou du
dernier Clint Eastwood (en ce qui concerne le premier, il le croit encore
candidat à la présidence des Etats-Unis quant au second, claquemuré devant son
ordinateur, il n’est tout bonnement pas au courant), l’anniversaire de sa
grand-tante auquel il ne peut plus couper sous prétexte qu’il croule sous le
travail. Si les symptômes persistent et s’accompagnent d’une perte de la libido
― ce qui est absolument anormal après les mois d’ascèse qu’il vient de traverser
― il doit consulter un spécialiste, ou mieux encore, se remettre à écrire dans
les plus brefs délais.
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